Faute de téléphone
Jun. 16th, 2025 10:45 amQui ne nourrit pas la paix, alimente la guerre — je me suis réveillée avec cette phrase, sans doute une citation, tirée de quelque part. Avec les yeux à peine ouverts, j'étais quand même persuadée que c'était primordial de la sauvegarder, ne pas l'effacer comme tous les rêves dès que j'entends le réveil. D'ailleurs, le réveil : c'était du Schumann ce matin, une chose bien rêveuse, le piano doux et gentil. Je dois le réécouter, peut être l'émission entière de France Musique. Certainement, je apprendrais quelque chose, je me coucherais moins bête comme on le dit.
Donc oui, j'ai rêvé en français, ceci n'est pas pour la première fois. Qu'est-ce la langue maternelle ? Je pense plus en français qu'en russe, je compte aussi en français. Ceux qui s'entortillent des calculs quatre fois vingt plus dix plus sept comprennent le sens de cet automatisme mental. Pourtant, les notes sont en russe : ce n'est jamais \do-ʁə-mi\. Je ne comprendrai jamais le russe des jeunes générations. Comme si l'Univers expansait entre moi et la Venise du Nord (la seule vraie), je deviens de plus en plus éloignée du contexte. Hier, j'ai couru vers la forêt de ville, je suis montée sur la colline, j'ai vu le lac, les montagne, les routes creusées dans le fond bucolique. Je me suis dit que c'était beau, simplement beau, qu'il fallait avoir le dénivelé, la forêt, les montagne, le lac, que tout cela me rendait heureuse. Ne fut cela une autre trahison ? Saint-Pétersbourg est le contraire : plat comme une galette bretonne, l'architecture classique qui domine la nature, le granite à la place de pelouses. Il reste la seule ville de ma vie. Est-ce que le fait d'être inaccessible voir inexistant le rend encore plus immaculé ?
J'ai plante de l'aneth sur la terrasse. Je l'ai arrachée ce matin, à cause de pucerons. C'est méchant, les pucerons. On n'a plus de fleurs, plus d'aneth. La menthe résiste.
J'ai bien noté la phrase qui était venue dans mon sommeil.